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Huit mois de guerre dans le diocèse de Tyr : le rapport d'octobre de Mgr Charbel Abdallah

Le 17 octobre 2026, l'archevêque maronite de Tyr a écrit au groupe de jumelage de Versailles. Village par village, il décrit les destructions, l'isolement des paroisses frontalières, la réouverture des écoles et les besoins des familles. Sa lettre est à télécharger en entier.

Témoignage Rédaction MSL 4 min de lecture

Mgr Charbel Abdallah, archevêque maronite de Tyr, apparaît en visioconférence sur un grand écran, face aux paroissiens assis dans la salle.
Versailles, 14 octobre 2026 : Mgr Charbel Abdallah s'adresse en direct de Tyr aux paroissiens de Sainte-Jeanne-d'Arc. Photo : Missions Solidarité Liban

Le 14 octobre, les paroissiens de Sainte-Jeanne-d'Arc de Versailles ont rencontré en ligne l'archevêque maronite de Tyr, lors de la soirée de prière et de solidarité avec le Liban. Trois jours plus tard, Mgr Charbel Abdallah a adressé à Caroline de Raimond et au groupe de jumelage un rapport de neuf pages sur la situation de son diocèse. En voici l'essentiel.

Télécharger la lettre complète de Mgr Charbel Abdallah (PDF, 9 pages, 3,4 Mo)

Huit mois de guerre

Après une première période de combats, d'octobre au 27 novembre 2024, la guerre a repris le 2 mars 2026 et s'est intensifiée depuis. Fin octobre, le diocèse achève le huitième mois de cette deuxième vague. L'archevêque décrit des paroisses qui continuent leur mission « avec beaucoup de courage et dans la mesure de leurs moyens », malgré les destructions, les déplacements et la précarité.

Les villages de la frontière

Alma el-Chaab est toujours entièrement vidé de ses habitants. Près d'un quart des maisons, 86 au total, sont détruites, et un autre quart est inhabitable en l'état. Les familles, installées surtout à Beyrouth et dans ses environs, restent accompagnées par leur curé, qui se rend de l'une à l'autre.

Qaouzah est lui aussi déserté. De vastes secteurs du village, maisons et terres agricoles, ont été rasés, et l'église paroissiale a subi de très graves dommages. Ses habitants déplacés comptent, écrit l'archevêque, « parmi les plus démunis » : ni logement stable, ni revenu.

À Debel, Rmeich et Aïn Ebel, la majorité des habitants a choisi de rester pour protéger maisons et villages. Ce choix a limité les destructions, sans les empêcher : des dizaines de maisons ont été détruites à Debel et à Aïn Ebel, d'autres ont été occupées pendant des mois et rendues inhabitables. Près de 65 % des familles n'ont plus aucune source de revenus, et les habitants ne peuvent plus accéder à leurs terres. Les quelque 12 000 fidèles qui vivent encore dans cette zone frontalière y sont presque entièrement isolés : écoles, commerces et services sont fermés.

Des convois chaque semaine

Pour ravitailler ces villages, le diocèse organise avec Caritas Liban des convois humanitaires au moins une fois par semaine : vivres, médicaments et produits de première nécessité, avec des véhicules pour les personnes. Chaque trajet exige des autorisations particulières, et les routes restent dangereuses. Ces convois, financés presque exclusivement par des donateurs et des associations, sont aujourd'hui le seul moyen de faire vivre la région. Dans chaque village, des comités réunissant prêtres et maires recensent les besoins et répartissent l'aide.

L'est du diocèse coupé du reste du pays

Plus à l'est, les paroisses de montagne, dont Qlayaa, Khiam, Marjayoun et Kfour, forment près d'un quart du diocèse. Il fallait autrefois une heure et quart pour s'y rendre depuis Tyr ; il en faut aujourd'hui au moins neuf. À Khiam et à Sarada, presque toutes les maisons des familles chrétiennes ont été détruites.

L'archevêque rappelle la mort du père Pierre El Raï, curé de Qlayaa, le 9 mars 2026, et celle d'autres fidèles du diocèse : un à Alma el-Chaab, quatre à Aïn Ebel, deux à Debel et un à Tyr. À Kfour, le curé, dont la maison a été gravement endommagée, revient chaque semaine dans sa paroisse.

Sur le littoral, à Tyr, Hajjé et dans les paroisses voisines, la circulation et l'approvisionnement restent plus faciles. C'est ce qui permet à l'archevêché de continuer à coordonner l'aide pour tout le diocèse.

Rouvrir les quatre écoles

Depuis trois mois, le diocèse prépare la réouverture des quatre écoles catholiques des villages encerclés, tenues par des congrégations religieuses. Pour l'archevêque, ces écoles permettent aux enfants d'étudier chez eux, aident les familles à rester et font vivre les enseignants. Des financements sont annoncés : environ 140 000 dollars de la Mission pontificale pour l'école des Sœurs antonines de Debel, et une aide attendue de 200 000 dollars, en deux versements, pour les deux écoles de Rmeich et celle d'Aïn Ebel. Des évêques maronites de la diaspora cherchent aussi des fonds.

Ce que demande l'archevêché

Les oliviers, qui faisaient vivre de nombreuses familles, n'ont presque pas pu être récoltés cette année : seuls ceux qui sont tout près des maisons restent accessibles. L'archevêque énumère cinq besoins prioritaires :

  1. aider les familles déplacées à l'intérieur de la zone encerclée ;
  2. soigner les malades qui n'ont aucune couverture médicale ;
  3. soutenir les familles privées de tout revenu, en particulier les agriculteurs ;
  4. aider l'archevêché lui-même, dont les terres agricoles ont été dévastées ;
  5. soutenir les prêtres, restés auprès de leurs fidèles.

Il conclut en remerciant la paroisse de Versailles pour sa « solidarité fraternelle ».

Ce que fait MSL

Les familles parrainées par MSL vivent à Debel, Rmeich, Aïn Ebel et dans les villages voisins. Votre don à l'appel d'urgence 2026 rejoint ces familles par nos relais sur place. Vous pouvez faire un don ou parrainer une famille.

Trois personnes assises à une table devant un ordinateur portable où apparaît l'archevêque ; un drapeau libanais est posé sur un piano derrière elles.
Pendant l'échange, Caroline de Raimond, présidente de MSL, prend des notes. Missions Solidarité Liban

Sources

  1. Rapport octobre 2026 / deuxième vague de guerre 2026 sur le territoire du diocèse maronite de Tyr (lettre au groupe de jumelage de la paroisse Sainte-Jeanne-d'Arc de Versailles), Archevêché maronite de Tyr (17 octobre 2026)

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